RMoult Magykian
 
 

HERMETIQUE 1 : Seul, la Nuit

 

 

 

Descendre plus profondŽment dans la dŽsespŽrance des jours mort-nŽs. Jours mort-nŽs dÕune croyance obtuse du Ç monde È. Descendre pour revoir le soleil, le Soleil de Minuit, le Soleil dÕApollon ˆ la Lyre. Jours mort-nŽs o� une complaisance animale invite, hypnotique. Une nuit de r�ves ramenant ˆ une source au lointain : le plus proche. Au triple visage paysagŽ de Luna. Ce visage morne, lÕÏil blanc, buste de terre, effrayant dit quelque chose dÕincompris. 

 

ArtŽmis de son arc touchant ˆ vif les ‰mes - y en a - tÕil ? Je me le demande, et plus certainement je me le demande lˆ o� le mot Ç ‰me È, sans autre force quÕun souvenir religieusement Žteint rŽp�te ce mot. A ce moment lÕ‰me, un mot nÕest plus m�me une Žnigme sur cette terre. A peine le mot chercherait-il le salut, le salut dissolutoire, que ? Que je, Ç je È dÕun silence, demande. Y a t-il ‰me qui vive lorsque parlant de conscience ... O� ? Dans ce rhizome, la glue collant aux pieds de zombies bien ŽduquŽs ... Ou bien ... Alors, oui. 

 

SEULEMENT

 

Descendre toujours, ne plus sÕaccrocher mais sÕŽloigner de lÕOmega attendu de nos faiblesses, nos mystiques ŽpuisŽes É au Bazard. Descendre vers 

La source hors de cette physiologie o� tout journellement se rŽduit comme la langue muette et bavarde rŽp�te les gestes rationnŽs et absurdes sur la surface du miroir terne - dissociŽs. 

 

Descendre plus profondŽment verticalement sans vertige pour ressaisir au-delˆ du principe de plaisir, le feu brulant ... entre la douleur aseptisŽe et vague ou effluves indolores : par delˆ lÕAntre du dieu qui manque et sÕaffiche. 

 

JÕŽcoute attentif au moindre souffle le spectre violet du cor, le chant des enfants morts, des morts vivants dans lÕentonnoir des rues grouillantes dÕodeurs sales aux parfums capiteux surajoutŽs. La trompette se tait, bien que lÕesprit de la guerre persiste lourdement, de fiers Artaban infatuŽs parlent des hŽros de romans nationaux - ces poussi�res de cauchemars restituŽs au mensonge : lÕHistoire (rires grin�ants - ˆ cet instant les enfants morts sont emportŽs par la symphonie (N¡6 de Mahler) parfois nommŽe, Du Destin : cuivres clairs et cymbales sombres) 

 

Et, si un reste de joie, les gr�les flutes au lointain bleu encore dansent. Les Cordes grincent et parfois sugg�rent lÕenvol. Mais lÕoiseau multicolore ˆ quittŽ la terre meurtrie pour des for�ts inaccessibles. 

 

Une harpe Žolienne fichŽe dans la terre, quelque part 

(Souvenir dÕune montagne ?)

Mais le berger solitaire est mort 

Ë peine un film ˆ montrer ... 

ou bien peut-�tre ˆ des enfants aveugles 

Aux oreilles cosmiques. 

Un barrage a englouti la vallŽe 

LÕeau morte gronde 

Le tonnerre m�me ... les bruits, les clameurs de la ville ont Žteint ce volcan dÕAir et de Feu. 

Je ramasse Žmu les vivaces souvenirs 

De lÕAmi de la Maison 

Celui-ci un po�te de la Provence 

Et dans son po�me continu, inachevŽ 

Dans cette grande nuit 

Je ressuscite hors de lÕemprise de jours ajournŽs 

Lˆ seul, la Nuit la For�t, lˆ au plus sombre 

Le Feu gardien veille : le Soleil. 

 

Descendre, descendre sans rel‰che 

Abandonnant couche apr�s couche 

Les rev�tements, surv�tements de mensonges vŽridiques

De vŽritŽs frelatŽes 

Mais je prŽviens 

Rien nÕest buŽes de buŽes 

Si ce nÕest la v�ture trop clinquante 

Des Inhabitants de cette terre 

Oublieux des CŽlestes qui toujours

convient ˆ la Fontaine aux Licornes 

en de�ˆ, au-delˆ de tous les jours de f�te 

Au point Mort de tous les Ç avant È de tous les Ç apr�s È 

Certes gardŽe de lÕAigle et du Dragon 

lÕOr du Temps ... (Silence) 

 

Lˆ dans le secret, en Žbullition du plus clair de la souffrance, lˆ seul, dŽpliant le linceul des jours, cette Nuit accouche ˆ nouveau du Soleil quÕun dieu vengeur, au jour de sa col�re (jour qui dura, dure encore de millŽnaire en millŽnaire - bien quÕaux plus confiants, il ne fut jamais un dieu, ni m�me un dŽmon) au jour de sa col�re dÕartifices dŽcida dÕocculter le SOLEIL, HELIOS ˆ sa semblance paraissant ... 

 

 
  HERMETIQUE II  
 

HermŽtique II

Sous les salves de mensonges 

LÕŽviction de toute beautŽ probable 

Dans ces jours ajournŽs 

Avec notre consentement ? 

 

Un tel poids est-ce supportable ? 

Supportable au point du jour terni 

Les colporteurs vantant lÕersatz 

Alors que les fen�tres ne dŽcouvrent ...

Dans la grisaille dÕun soleil dŽsormais voilŽ 

Les odeurs sales 

Alors que les fen�tres, face ˆ dÕautres fen�tres 

Ici comme partout : vile est la ville 

Ici cependant la remembrance des criques 

Des pins, le crissement tellurique des cigales

Les amoureuses c™toyant le serpent joyeux entre la rocailles

Au fond dans lÕombre, la mer impavide 

Pleine de surprises et ses rŽverbŽrations

RŽverbŽrations vert bleutŽ contre le bleu passŽ du ciel 

Mon regard perdu vers lÕHellade 

EpuisŽe. 

 

Face ˆ face les fen�tres dŽcouvrent 

Le grand h™pital monde 

Lˆ o� la souffrance interdite 

NÕenseigne plus, nÕindique plus 

Le grand portail entrouvert 

 

Cependant, voici le ciel 

Le ciel ŽtoilŽ et le chant de lÕexilŽ [1]

(Qui glisse, une fois encore cette image ici, sans raison ?)

LÕoiseau en cage attend aussi 

Que lÕhomme vieilli au bord 

DÕun accueillant abime contemple 

Le Rien : une ouverture ? 

 

Alors

LÕoiseau attendrait sans attendre quÕil le dŽlivre 

Mais o� ira-t-il lÕoiseau ? 

 

Quand bien m�me dÕun saut vertigineux 

LÕhomme muri par la solitude - folie sacrŽe 

Rejoignant lÕacausal 

Il nÕy plus dÕoiseaux dans la for�t 

Le Passage dissimulŽ ... 

 

Alors ... face ˆ face les fen�tres 

Inviteraient mouvement contraint vers une 

Vile survie perpŽtuŽe : jeux sans cirque et 

Le pain barbelŽ, et le vin bu sans trace dÕextase 

Une eau stagne entre tuyau bleu, tuyau rouge 

Effondrements en cascade de fa�ades

Dans lÕinterstice qui compose la rue

DŽvisagŽs les passants passent, amorphes car 

Entre lÕignorance du prochain concertŽe 

Il nÕy a dÕŽtrangers que des mots affichŽs 

De journaux abusŽs 

Car... 

lÕEtranger depuis longtemps 

SÕest retirŽ dans la For�t invisible

Et certains disent quÕil serait mort 

ForcenŽ. 

(Grande glissade des Cordes sÕachevant en dissonance au trombone, le cor ram�ne alors un rappel de pleurs assŽchŽs. Langueurs de lentes valses quand dansent les fant™mes du jour dÕhui) 

 

 
  HERMETIQUE III  
 

HermŽtique III

 

Ç Daher ist auch kein Begriff des Seyns zureichend, der sich nicht der Aufgabe, den Tod zu denken, gestellt hat È (cÕest pourquoi aucun concept de SEYN ne suffit, qui nÕa pas satisfait ˆ la t‰che de penser la mort) ...  

 

 

 

Le po�te le plus mŽlancolique en notre langue cette langue qui perpŽtua trop longtemps lÕimitation des anciens affixŽs ou sÕessouffla dans de formels larmoiements - poŽsie de table des matins gris relevŽs de bleus Žteints - oui, un po�te nŽgligeant toute formalitŽ, un po�te vaillamment Žcrivait :

Ç lÕhomme est pŽrissable - il se peut; mais pŽrissons en rŽsistant, et, si le nŽant nous est rŽservŽ, ne faisons pas que ce soit une justice È Senancour, Oberman Lettre XC p 455.
 

 

Vaillamment le plus mŽlancolique de nos po�tes 

 

Alors ... 

AujourdÕhui chacun empesŽ de toutes les formules

Diagnostiques ˆ la hache 

Chacun est invitŽ ˆ 

Croire que sÕil meurt, il meurt de quelque chose 

De quelque cause autre que cette mort qui vient, oui 

Toujours et quoique en Žcumes, baves de dŽnies 

Les endormis, les rassis se racontent et oublient en sÕeffrayant mutuellement

Elle vient toujours ˆ son heure

QuÕimporte ce que le pr�tre du fond de lÕantre effondrŽ 

De son temple glacial dit, mart�le ou vocif�re

Le religieux accrochŽ ˆ des vestiges 

Pourra-t-il encore faire croire mais 

Chacun dans ses dits usŽes 

ClouŽ sur une croix sans destin 

La promesse par ˆ coups de menace 

Enfer et damnation 

Encouragera le pleutre quotidien 

couard rassurŽ par de saints mensonges 

Le pr�tre - aux ouailles pleutres - maintiendra la mort 

Mena�ante et ainsi 

Accompagne ˆ lÕab”me, coma de tout ce qui reste 

Du peuple une fiction !

 

Rien nÕest plus ˆ craindre que tous 

tous les discours amicaux qui surviennent entre les maux 

Pour adoucir, rŽconforter

Et surtout conseiller de sÕacclimater 

De sÕacclimater ˆ lÕhorreur installŽe

Ë lÕhorreur ficelŽe dans des litanies 

Litanies de contradictions inavouŽs, dŽguisŽes 

Et bien que la moiteur perlant applique 

Sur leur visage apathique le nŽant reformŽ, nŽant de pacotilles

Les singes savants Žpris de leur spectacle 

Renseignent de nullitŽs un peuple de badauds 

Ce ne fut jamais ceux ˆ qui lÕon accola apr�s leur mort le nom fade de hŽros - ou de saint. 

Que revient la vaillance mais au po�te 

Qui reprenant assurance 

Au cÏur du myst�re 

Au myst�re de la for�t inaccessible : la Nuit 

Reconnait, imperturbable la Muse ˆ lÕEpŽe dÕAir

Au B‰ton de Feu, Tenant le pentacle, dur assise 

Terre sacrŽ, et la Muse ˆ la Coupe dÕor buvable. 

 

Et ˆ la treizi�me, revient la mort ... 

 

La coupe bu, laissant encore couler sur un sol de bitume sombre 

Le breuvage du Temps 

La sphinge mordorŽe, or veinŽ par lÕŽpuisement 

DÕun questionnement antique fixant 

Le Ç nul part È cheminant dans les souvenirs 

Des mourants assiŽgŽs

La sphinge pŽtrifiŽe 

Lib�re lÕespace dÕune Žvasion 

Qui nÕest plus cette fuite ... 

fuite prescrite pour des quotidiens 

Pleins de mŽrites et vains 

 

La muse, la mort 

Comme un autre po�te dans la langue dŽchirante 

Du Frioul prŽmŽditant sa mort sur une plage dŽserte, 

Sa mort dans les bras dÕun ange - ces anges veules et adorables, ces t�tes de voyous pleine de candeur, au sens innŽ de lÕhonneur arbitraire tel que ce superbe descendant du Dante Žcrivit :

 

Ç Mourir est donc absolument nŽcessaire, parce que, tant que nous sommes en vie, nous manquons de sens É (É). La mort effectue un fulgurant montage de notre vie : É (É). Ce nÕest que gr‰ce ˆ la mort que notre vie nous sert ˆ nous exprimer. È Pier Paolo Pasolini, lÕexpŽrience hŽrŽtique.

 

Voici le cheminement Intranquille du retour 

Retour en un lieu atopique, rŽserve

Du respire 

Respire, expire dÕune rose sans pourquoi, sans comment 

Et arrachŽe ˆ la croix 

Rose blanche dans un paysage bleu sombre 

O� seul les arbres demeurent maitres. 

Quand le vent embrase les maisons

Une femme triste devant sa chaumi�re attend contemplant dans sa main un tŽtra�dre qui au son de sa voix rougeoie. 

 

A ce point crucial du cheminement 

Dans la nuit transfigurŽe et les jours ajournŽs 

Crains Ami, plus que jamais qui ne laisse lÕhorreur 

Franchir le seuil et ne veut lÕhabiter, refuse ou sÕeffraie dÕy descendre 

Toujours pŽtrifiŽ ˆ lÕidŽe dÕun enfer : les autres - et ils sont points de feu, de poix ou de glace, ils sont seulement dressŽs 

Sans empathie ˆ mŽdire les uns sur les autres ˆ temps et contretemps ... les contempteurs du Soleil de Nuit 

A ce point du cheminement la statue de Sel derri�re toi 

Et les souffles du mercure apaisŽs 

Crains qui par des paroles bien intentionnŽ alimentent

Sans le savoir les discours des savants, singes de ... 

ce qui reste encore de la VŽritŽ. 

Crains, po�te, mais ne crains pas celle qui veille 

Au plus sombre de la Nuit SacrŽe. 

 

En attendant, poursuivant notre descente vers lÕA-Lumi�re É ne quittons pas le ton appropriŽ ˆ ce temps dÕindigence : le Deuil. 

 
 

 

HERMETIQUE IVÊ: 7 x 7 ou Elisabeth, Laure, BŽatrice est morte

 

 

Comme �a, pour rien dŽdiŽ ˆ David Tibet (Current 93) entrecroisant cette fragilitŽ dÕ�tre quÕune photo (rŽciproque - quÕessayai-je ici de dire, par ÇÊrŽciproqueÊÈ ?) soutient, lÕirrŽparable de lÕ‰ge qui sÕab”me.Ê

Elisabeth Ð Laure Ð BŽatrice EST MORTE
Est morte, lointaine ou bien ?Ê
Les larmes cependant ... le crocodile.Ê
Les larmes ?Ê
Les larmes attestent lÕinfinitŽ de lÕabsence dÕavantÊ
LÕabsence dÕapr�s, toujours le trou, lÕab”meÊ
O� tous les souvenirs reviennent joyeusement
PlastifiŽs mentirÊ
SÕaccrocher.Ê
Les larmes ? Apitoiements sur les ÇÊmoiÊÈÊ
AcharnŽs ˆ se croire ...Ê
La chair parŽe de ces souvenirs menteursÊ
Le pourrissement certain de lÕintŽrioritŽÊ
Ha, parlez-moi de la vie intŽrieure, du bonheur !Ê
Je sens ma chair pourrir sur ce miroir fanŽÊ
Je me vois regardŽ par des yeux mortsÊ
DÕune jeunesse adultŽrŽe.Ê
Pleut-il encore ?Ê
Au moins, pluie...Ê
Pluies arrosez les gŽraniumsÊ
Ma Germanie sur fen�tres - sur cour;Ê

7x7 voici 49 ans, 49 jours ... la Jeune MorteÊ
Un dŽbut rŽpŽtŽ de mon histoire pour ...Ê
les autres ?Ê
La Jeune morte ... quÕimporte.Ê
Si elle revenait, revenantÊ
Voici un fant™me, poussi�res dÕamourÊ
Amour ? Poussi�res de souvenirs dÕavant ...Ê
Que lÕOmbre nÕatteste de toute prŽsomptionÊ
La verroterie et les vers rongeursÊ
Mandibules aiguisŽes comme des couteaux dÕacierÊ
Inoxydable.
Est-il possible que ce couteauÊ
Tranche encore pour revivifierÊ
En temps sphŽrique ... quelque chose plut™t que rien ?Ê
Chaque point Žtant le m�me point dÕannulationÊ
Ainsi lÕorage, ciel jaune ce jour ajournŽ attesteÊ
Vivre demeure : une simple dŽpressionÊ

DŽpression ... terrain fragile secousses sismiquesÊ
Attendues comme ces feux qui sÕallumentÊ
Partout ˆ lÕOuest de nos historiettes.Ê
Souvenirs engrangŽs au fond de cette terreÊ
Volcans rŽveillŽs, sÕinsinuantÊ
Entre tant de projets pleins de mŽritesÊ
Vaincus. Peut-�tre ...Ê
Les dieux - encore ces souvenirs -Ê
Souvenirs de souvenirs dans lÕimpossibleÊ
DuretŽ de ce qui ne dure pas.Ê
Les dieux ricanent et lÕhumanitŽÊ
SÕenfonce dans un nŽant premier :Ê
Ses victoires !Ê

Ce matin je mÕŽveille ˆ la douleur persistanteÊ
Oui, ÇÊ�tre par quelque choseÊÈÊ
Non point pour quelque chose.Ê
Les dossiers, les plans se sont accumulŽsÊ
M�me dŽtruits persistent pour laisser accroitreÊ
Les mensonges ... nŽcessaires ˆ cette dŽpressionÊ
Vivre !Ê

7x7 49 ans, 49 jours ...Ê
dans ce Bardo dÕimmondeÊ
QuÕelle soit ... morte ou pas
pourquoi alors cette imageÊ
LÕocŽan retirŽ, loin, tr�s loinÊ
Et la lune, ce visage trouŽÊ
Cet Ïil borgne qui nous regardeÊ
Blafard ?Ê
Je traverse ce marŽcage ...Ê
entre deux tours foudroyŽesÊ
Tours primordiales - hors histoireÊ
Hors cette aventure ratŽe : ho humanitŽ !Ê
Elle regarde ... Elle ? Une robe argentŽeÊ
Un paysage bleutŽ auquel elle appartientÊ
PŽtrifiŽe.Ê
BeautŽ inou•e dÕun mŽtal sonore.Ê
AujourdÕhui, seul le son fuyantÊ
Remplace les motsÊ
Car les maux toujours plus loinÊ
Dictent ... chantent, sir�nes que nul cireÊ
Ne fera taire
Oui, le Silence est un hurlement frappŽ dÕinterditÊ
Par le bruit inutile sans cesse rŽinventŽÊ
Par convenance.Ê

Sa mort ne me parle plus dÕautre choseÊ
Rien ... Rien de plus
QuÕune frappe, plus originelleÊ
Ne mÕaura signifiŽÊ
Signe de mains. Adieux avalŽs par cette bouche de mŽtro. Un incertain 23 septembre dÕune annŽe appropriŽe ˆ mon destin : 1971.Ê
Voici entre deux tours, le marŽcage ... les scorpionsÊ
La chaleur moite des rŽmanences dÕŽtŽs impulsŽs dÕennuiÊ
Ennui spectral. Sourire dÕaffreuse ironie souhaitableÊ
Par-dessus tout ... ces mensonges.Ê
Luna, sph�re dÕune heureuse terreur.Ê
Dire merci ˆ cette mort ... A la Jeune Morte
Et non merci ˆ un angeÊ

Comme sa mort me rappelle : elle est absenteÊ
Car seul, la mort ...Ê
ainsi cette mort est lˆ, toujours avantÊ
Sa personnificationÊ
Je suis nŽ PAR la MortÊ
Et non pour quelque chose appartenant ˆ ÇÊtout le mondeÊÈÊ
Par la mort et non pour la vie, le bonheur, les mŽritesÊ
Les douceurs sucrŽes de cette dŽpression : vivre !Ê

Une nuit, un ŽclairÊ
Le soleil pŽtrifiŽ sur son ombreÊ
Heureuse privationÊ
Qui engendre les DŽs-erranceÊ
Le DŽs-Ire. Bref et clair comme le couteau dÕobsidienneÊ
Dans le cristal sculptŽ le cr‰ne du DieuÊ
Veille au renouveau des sacrifices humainsÊ
Regardons vers le NordÊ
Le Fr�ne et la SourceÊ
Les Nornes jettent les derni�res runesÊ
Sur la dalle fendueÊ
Que puis-je Žvoquer dÕautreÊ
Au collier de cranes sanglantÊ
JÕajoute des sons brefs, clairsÊ
Et mon couteau dÕobsidienne ...Ê

Et comme passe un souffle silencieuxÊ
Que la nuit est lˆ IntranquilleÊ
Que dansent comme des squelettes de cartonsÊ
Virevoltent les souvenirs ŽvaporŽsÊ
Je ressens son absence, comme ... lÕabsence
LÕabsence de tout ce qui cherche une cause !Ê
Je suis ici pour rienÊ
Par quelque chose qui me dŽpasseÊ
Et que la Mort, la Nuit, le SacrŽ appellent.Ê

Sa mort ... ce 23 septembre, il y a 7x7 ansÊ
Ce nÕest rien que la Mort dans laquelle, par laquelleÊ
Je suis nŽ.Ê
Mais pauvres parents nÕy furent pour rien
JÕŽtais appelŽ par la Mort, la NuitÊ
Par ces Sombres Dieux qui un m�me septembreÊ
DÕune autre annŽe - prŽcŽdant sa mort, la mort de la Jeune Morte, la prŽcŽdant comme ... tout ce qui dŽcide dÕune existence ... prŽc�de tout ce qui en sera dit - dÕailleurs par mŽgarde -Ê
Oui, par ces Sombres Dieux qui dans lÕanfractuositŽ, craquelure, fissure invisible dÕun mur blanc me montr�rent un chemin escarpŽ, un chemin que nul autre pouvait arpenter, un chemin de Nuit, un Chemin invisible ... sous la rivi�re bient™t assŽchŽe. La rivi�re - ou le torrent - emportant les derni�res feuilles dÕautomnes ... le vent soufflant et me parlant des derni�res heures ... pour ce monde. Vents dans les arbres bleuis par le gel sous la lune rŽfractaire.Ê

JÕentends mon cri dans lÕavenir passŽÊ
Le cri de la lune blafarde au-dessus de lÕocŽan lointainÊ
Le cri de la lune, le cri des cadavres pourrissant dans lÕŽtang, la vaste Žtendue des fastes mort-nŽs de lÕhumanitŽ : cette agonie perpŽtuelle ?Ê
Pour rien ?Ê
Mais PAR quelque chose qui aspire...Ê

Sa mort ou la mort ... par cela, lÕInconnu, lÕImparlableÊ
Je suis ... toujours dŽpassŽ jamais rŽcupŽrŽ sur les rives des quotidiens prŽvus, selon lÕordre dŽsordonnŽ du calendrier, de la montre.Ê

Il est 22h dit lÕhorloge digitale ...Ê
pour elle seule compte une chose pourrirÊ
Me regarder pourrir
Me regarder dans le miroir des souvenirsÊ
Quand bien m�me ?Ê
LÕautre visage, fait saigner le cristalÊ
Sang plus rouge, plus vif : argent rougeoyant ...Ê
devenant ORÊ
Au plus profond de mes entraillesÊ
Le pourrissement accouche de la lumi�re noireÊ
Les Dieux de la Nuit me rappellentÊ
Une mission ... la SourceÊ
Le Saut ou la mort crue, la mort drueÊ
Cette boisson dÕoubli des jours en travaux.Ê
A perpŽtuitŽ.Ê
Me regarder ?Ê
Tout concourt ... devenir statue de selÊ
SÕeffritŽ et poussi�re de poussi�reÊ
Affiner ce cauchemar doucereuxÊ
Vivre : belle dŽpression.Ê
Ainsi le bon Guy dŽbordŽ ayant soudain raisonsÊ
Le bon Guy en sa tombe, une oeuvre giratoireÊ
nous laisserait en hŽritageÊ
Nous ? - ce spectacle, ce thމtre des opŽrationsÊ
InŽpuisable terrain des requ�tes et des causes ?Ê
Le recours aux luttes intestines de classes ou de nationsÊ
De fictions o� le bien est le mal et le mal le bienÊ
Alors que pour les Dieux tout est ... pour nous irrŽvocablementÊ
Par eux, oui, tout autre.Ê

Plus dÕorage, plus de tonnerreÊ
La rue est calme, pleine du laid silence du reposÊ
Du repos de ceux qui travaillent pour ce salaire : la peurÊ
Sans angoisse mais apeurŽs ... les repos sans fondÊ
Des guerriers du nŽant mondain. Acclamations !Ê
Pour cela pourrir, pŽrir sans autre dignitŽ queÊ
DŽcorer du mŽritŽ de crever pour la loiÊ
Derri�re son masque, impersonnel ...Ê
mais apr�s tout que cherche le mystiqueÊ
Sur son chemin plein de lourde moiteur ?Ê
Le pourrissement de la chair
Le feu Žlectrique des crŽmatoires rŽnovŽsÊ
Apr�s la piqure nouvelle extr�me onction ?Ê

Sans orage, sans tonnerre, sans ventÊ
Voilˆ la vie, cette Žtonnante dŽpression exhaussŽe par toutes les idoles, les stars dans lÕignorance calculŽe des Dieux de la Nuit.Ê
Dans lÕanfractuositŽ ... le mur blancÊ
M�me appel que ce jour o� la Jeune MorteÊ
Oui... comme le Soleil de la clairi�reÊ
Montrant cachŽ sous lÕeau vibrante, argentŽe de la rivi�reÊ
Le chemin que nul autre que moi-m�me ne peut suivreÊ
Et au bout du chemin, la rivi�re se jetant dans lÕAbimeÊ
Le Saut, la Source ou ... vraiment rien !

Le 23.09.2020

 

 
 

 

HERMETIQUE VÊ: OPFERÊ: Ceci nÕest pas un r�ve et le po�me est un acte.

 

 

Devant les souvenirs dŽmembrŽsÊ
Les actes puŽrils accomplis avec le sŽrieuxÊ
Du moment, exigŽsÊ
Actes quotidiens cache de la mis�re marŽcageuse de la vieÊ
Ainsi rŽduite
Devant ces oublis nommŽs souvenirsÊ
O� trop souvent nous croyons retenirÊ
Des vŽritŽs perdues
Devant ce plein grouillant, quasi physiologiqueÊ
Devant le passŽ qui refuse lÕorigineÊ
La tension m�me dÕau-delˆ de cette dŽpressionÊ
Terrain fragile dÕŽboulementsÊ
Glissement de la roche friableÊ
Le mica et le schisteÊ
Les Žcoulements dÕeau moussueÊ
LÕŽtrange surgissement dÕune plante carnivoreÊ
Ou figŽ dans un marbre naissantÊ
Les figurines, idoles marines
Dans les interstices dŽbordŽs
Quand devant les souvenirs
Devant cela tant et tant racontŽÊ
Repris, reprisŽs entre amis, pour des amisÊ
RŽinventŽs, pour les ennemis - autre fiction autre mani�re dÕŽluder ce qui vient dire ce qui demeure en RŽserve -Ê
Pour les ennemis, les m�mes amis autrement rev�tus de parures blanches ou noires, noires ou blanches, le plus souvent grisesÊ
Oui, cependant noir et blanc alterne pour le M�me acteÊ
Acte qui persiste, persŽv�re - depuis la source le fleuveÊ
Vers lÕocŽan originelÊ
Vers la source de la source qui ˆ nouveau jaillit de la rocheÊ
Lˆ haut sur le mont, analogueÊ
Aux frissonnements des branches hiŽratiquesÊ
De sombres sapinsÊ
Lˆ-haut sÕeffacent les souvenirsÊ
Lˆ-haut dans la for�t, dans lÕinconnuÊ
Le sacrifice que nul semblait demandŽÊ
Et pourtant aurŽolŽ dÕune rare certitude cette nuit
Fut accomplitÊ
Lˆ-haut dans le refuge au loin, cet orage dŽmentÊ
Joie, extase lÕhomme qui croyait �tre un autreÊ
A ŽtŽ dŽcapitŽÊ
La t�te sanglante et chaude, je lÕai palpŽÊ
Par les mains de celui dont lÕami venait dÕ�tre consacrŽ ˆ son insuÊ
Il mÕa semblŽ quÕil aurait souhaitŽ que ...Ê
mais justement ce souhait devait se retournŽÊ
Mes mains palpant et goutant le sangÊ
Mes mains tenant alors la t�te du dŽcapitŽÊ
Son corps agitŽ du dŽsir de la porter lui-m�meÊ
Sur lÕautel dÕobsidienne
Je comprenais, envahi par la Joie.Ê
Ce qui demeure joie pure.Ê
Joie cosmiqueÊ

Alors ...Ê
Lˆ haut dans le refuge je suis restŽ un momentÊ
Ce moment est un avenir libre, sans cause.Ê

Le 23.09.2020 Ð vers 3h15 (Matin).

 

 
  RMoult-master  

 

Suite - Sans intitulŽ

 

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[1] Evocation dÕune peinture de Richard Moult. DÕautres Žvocations de cet artiste se retrouvent ˆ la suite soulignant le paysage ici invoquŽ, entre les mots : Silence.